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D'Alghero à Cagliari

so51seayou
11 sept.
11 min de lecture

Ou la descente vers le Sud


Dimanche 19 juillet.



Profitant d'une météo clémente et après avoir été à la messe à la Cathédrale Santa Maria puis refait un petit avitaillement avec une longue station devant le rayon des vins pour déterminer lequel prendre, Sea You est de nouveau en mer à la mi-journée. Au préalable et pour éviter toute mauvaise surprise, nous avons demandé à la marina de téléphoner à Bosa Marina pour sur être d'avoir un poste ce soir. Vu le prix de la journée, c'est le moins qu'ils puissent faire... et puis pour compliquer les affaires, Bosa Marina c'est le nom générique de la partie "plaisance" de Bosa. La bonne dénomination c'est Marina Pinna... pour trouver le bon numéro de téléphone quand on a pas les bonnes références, c'est plus difficile.

La navigation n'est pas difficile, il n'y a pas plus de 20 nm pour atteindre Bosa, en parfaite ligne droite. Nous sommes aujourd'hui poussés par un vent léger de NNW. C'est exactement le plan que je souhaitais suivre : descendre la cote ouest bénéficiant de vents la plupart du temps orienté WNW en cette saison.

Le transit est agréable et nous permet d'observer le rivage. L'équipage "vit sa vie". Gatien essaie de pécher, les autres lisent et se reposent.

La cote n'est pas magnifique mais elle possède quelque chose que nous n'avons pas encore vu : des falaises "vert-de-gris" comme si elles contenaient du cuivre. Etonnant...


En fin d'après-midi nous sommes à l'entrée de Bosa marina. Celle-ci est protégée par une jetée construite devant une tour génoise à l'embouchure de la rivière Temo. Les pontons se situent, quant à eux, quelques centaines de mètres en amont. L'accueil est réduit à sa plus simple expression et prenons le premier poste qui se présente. Le bateau bien amarré, nous partons en annexe sur l'autre rive faire du Gasoil.

Le soir de notre arrivée, dernier soir de Gatien à bord pour ce voyage, nous décidons d'aller à Bosa en annexe pour faire un tour en ville et visiter le château de Malaspina (1112). Le moteur fume comme ce n'est pas possible, il va falloir nettoyer le carbu !



Bosa est une petite bourgade fort ancienne et sympathique qui malgré son isolement attire un certain nombre de touristes par la voie terrestre. Historiquement, il est dit qu'elle est "préromaine", probablement phénicienne et qu'au moyen-âge, elle fut lombarde puis sous la couronne d'Aragon a bénéficié des influences espagnoles comme à Alghero.

Test du Malvasia di Bosa
Test du Malvasia di Bosa

La déambulation est agréable malgré la chaleur encore présente le soir. Elle nous mène au pied du château, malheureusement fermé lorsque l'on y arrive. Néanmoins la vue depuis son entrée est somptueuse, autant que la descente par la vieille ville est raide par les petits escaliers reliant les ruelles les unes aux autres.

Cette descente se termine devant la cathédrale de l'Immaculée Conception, pile chez "In Vino", un bar à vin où Gatien nous fait découvrir le "Malvasia di Bosa" un vin local à la robe or ou ambrée, oxydatif ( et oui... on tente d'apprendre).



Lundi 20 matin.


En cours de matinée, accompagné par Louis-Ghislain, nous laissons Gatien à la station de bus de Bosa pour qu'il puisse prendre son avion à Alghero et rentrer voir sa femme en France... Sur le trajet du retour au bateau, nous allons faire un petit complément d'avitaillement et n'hésitons pas à profiter de la clim de la supérette avant de rejoindre le bateau pour préparer l'appareillage en direction de l’île de Mal di Ventre. Quel nom curieux. Je ne sais pas ce qu'il cache.


Vers midi nous sommes en route par une météo qui rappelle sensiblement celle que nous

Un plan d'eau vide à Mal di Ventre
Un plan d'eau vide à Mal di Ventre

avons eu la veille. La durée de la routes est du même ordre.

En début de soirée nous sommes au mouillage devant la plage de Libeccio par 5 ou 6m de profondeur et avec une cinquantaine de mètres de chaîne. Comme dit dans la vidéo, nous avons l'impression de nous trouver à Hoedic dans le Morbihan, la marée en moins et le relatif isolement en plus. Nous sommes en tout et pour tout 4 voiliers au mouillage. Geoffroy et son fils font une plongée à l'arrière du voilier pendant que je vaque à quelques occupations à bord. C'est extrêmement paisible malgré le fait que je sois victime d'un Mal di Ventre cette nuit... C'est peut-être pour cette raison que l’île se nomme ainsi...




Mardi 21 juillet.


Nous avons comme but ultime pour cette journée Carloforte sur l’île de S. Pietro, à 50 nautiques plus au sud. Le vent s'est un peu levé ce matin, sans constance assurée. Notre voisin polonais nous a quitté à l'aube. Profitant de la brise, nous le rattrapons en 2 ou 3 heures, mais le vent après avoir été de secteur ESE vire ENE puis au N et enfin au SW et nous oblige à faire route vers la terre avec un petit coup de moteur durant 45 minutes. Agréable obligation que de se rapprocher du Pan di Zucchero qui devient notre étape intermédiaire. Le vent faiblit encore un peu mais nous préserve de la remise en route du moteur.



Le pain de sucre est à voir : c'est magnifique surtout en fin d'après-midi avec les dégradés de couleur blanche à dorée des rayons de soleil sur les différentes cailloux. Nous contournons cette roche verticale pour nous rapprocher de Porto Flavia qui nous réserve une nouvelle une belle surprise. Il s'agit d'un port d'embarquement minier creusé dans la falaise. Unique !



Les yeux régalés, vers 19h30, nous reprenons la route vers Carloforte épaulé par une brise de Nord. Initialement, le plan était d'aller mouiller en ras de foraine derrière Calasetta sur l'ile d'Antioche, mais les restrictions de mouillage et l'annonce d'un vent de 25 à 30 nœuds sur la zone cette nuit me fait opter pour la marina Sifredi de Carloforte. Il est 22h00 quand Sea You entre dans le port. Il fait nuit noire, personne à la VHF comme au téléphone, nous entrons presque par effraction dans le bassin et orbitons quelques temps pour déterminer où s'amarrer et comment prendre le poste. Un de nos voisins français vient nous donner un coup de main final et nous voilà prêts à affronter la bise qui est bien présente au réveil.

Quelques trous habituels sur les pontons
Quelques trous habituels sur les pontons

Encore un Français... je ne pensais pas que nous puissions être aussi nombreux au sud de la Sardaigne, mais il est vrai que nous ne sommes pas très loin du pays.

Sur l'appontement qui ferme la marina, lorsque le voilier est amarré face à l'ouest, il est prudent de bien saisir les pendilles pour laisser un bon mètre entre le cul du voilier et la panne : au réveil, le vent s'est bien levé et nous sommes à 20 cm.... Hier soir, notre voisin français nous avez bien prévenu.

Notre voisin direct est un canadien à bord d'un catamaran massif. Il a choisi comme échelle de coupée de mettre sa planche à voile qui grince tant et plus en sus des drisses qui tapent dans le mât. Il parait qu'une de nos drisses a également tapé cette nuit... Pourtant, elles étaient saisies et je ne m'en suis pas aperçu.





23 juillet, à Carloforte.


Carloforte depuis le ponton
Carloforte depuis le ponton

D´abord, nous avons bien eu raison de nous bien raison de faire cette halte. Dehors, le vent souffle bien. Nous aurions été bien secoué au mouillage devant Calasetta.

Carloforte mérite un arrêt. La bourgade est sympathique avec un grand chantier (c'était une de mes options d'hivernage), une marina bien tenue et moins chère qu'ailleurs (80€ par jour) avec des possibilités d'avitaillement (GO et supermarchés) à 2 pas de la marina.

Une fois les grosses chaleurs de la journée passées, débute la découverte de cette charmante petite ville méditerranéenne, en commençant par monter les escaliers qui nous font entrer dans le vieux quartier face au port.

La partie ancienne de la ville est ceinturée par une fortification dirigée vers la terre. Rappelons-nous que nous ne sommes qu'à 100 nautiques de l'Algérie et de la Tunisie. Il n'y a pas si longtemps la Sardaigne, comme la Corse devait se protéger face à l'incursion des Maures. Ainsi s'explique également le réseau de tours génoises tout au tour de l’île.




23 juillet.



Au matin, le vent est encore assez fort mais il est bien orienté pour passer le cap Teulada et surtout, les prévisions météo annoncent une bascule d'Ouest vers l'Est. D'expérience sur les extrémités des îles, les effets Venturi peuvent ne pas être négligeables. Donc nous allons nous rapprocher de Cagliari !

Nous décidons d'appareiller vers 10h30 pour rejoindre la baie de Malfatano à 35 nautiques, au delà du cap Teulada, pour bénéficier d'un mouillage avec une exposition qui soit aussi favorable par vent d'Est que d'Ouest.



Sea You est poussé par un vent de NW d'environ 25 kts tout au long de cette navigation. Le bateau file bien c'est agréable. Durant le bord qui nous rapproche de Malfatano, nous croisons un bateau à moteur de 5 ou 6 mètres avec comme inscription V7006 en dérive vers le SE avec personne à bord à la position N38 49,6 - E008 37,4. Je contacte le MRCC de Rome pour rendre compte, leur envoie un mail (adresse : itmrcc@mit.gov.it ). Je ne les sens pas très stressés. Moi non plus ! Par la suite, je n'en aurai aucun suivi.

En arrivant dans la baie, catastrophe électronique... Je perds la position GPS, ce qui n'est pas grave en soit, mais également le pilote automatique. Ce n'est pas que ce soit dirimant, mais c'est excessivement casse-pied.

Parvenus au mouillage, nous ne sommes pas nombreux dans cette baie. L'ancre est jetée par une dizaine de mètres de fonds avec 60m de chaîne car le vent d'ouest est assez fort et les rappels assez brusques. Nous mouillons assez loin des 4 voiliers présents dont un grand voilier noir d'une taille proche de 100 pieds à 150 ou 200 m sous notre vent. Assez rapidement, le skipper vient nous rendre visite mais au plus mauvais moment. je suis dans la résolution du problème électronique auquel Sea you est confronté... En fait, il vient seulement nous voir pour nous demander de dégager car, lui, qui "a un grand bateau et qui a mis 100 m de chaîne", a peur que nous nous les emmêlions nos chaînes dans la nuit. Honnêtement, il n'y a aucun risque en raisons de nos rayons d'évitement et du vent. Il s'en va dépité et nous ne nous emmêlerons pas !

La soirée est agréable à échanger avec l'invité du bord du moment, Mr Grock. Avec lui, nous allons remonter tout l'arbre des problèmes électroniques. Ils se terminent par leur résolution assez tard dans la nuit, et je dois dire avoir été bluffé par son aide qui a permis d'explorer toutes les voies les unes après les autres jusqu'à ce que le système revienne à son état nominal.


Entre Carloforte et Malfatano

24 juillet.


Nous avons décidé que nous serons à Cagliari le 25 soir, pour avoir le temps de ranger le bateau avant l'hivernage. Eu égard au prix des marinas et en raisons de la bascule du vent à l'Est annoncé pour ce 24 juillet, nous irons passer notre dernière nuit au mouillage devant Villasimius. En d'autres termes, il s'agit pour nous de traverser le golfe de Cagliari.



Départ vers 09h00, le vent d'ouest que nous avions hier s'est calmé ce matin et il n'a pas encore basculé à l'Est. Jusque vers midi, le vent ne s'établit pas vraiment et nous amène à faire des bords qui doivent apparaître comme carré depuis la terre jusqu'à ce que le flux de SE se mette en place et nous permette de faire un cap direct vers Villasimius, bon train.

Nous arrivons dans le golfe de Carbonara vers 1900 et jetons l'ancre au milieu de la foule. Cela faisait très longtemps que nous n'avions pas eu cette expérience grégaire. Nous ne débarquons pas ce soir.


Villasimius - rochers de San Stephano
Villasimius - rochers de San Stephano

25 Juillet.


Dernière journée à la mer pour cette croisière. Je n'ai pas réussi à avoir la marina del Sole, dans laquelle nous sommes attendus. Pour autant nous décidons d'y arriver en fin de journée. Le vent est de Sud F4, le temps est maussade. C'est en cohérence avec la tristesse d’arrêter de naviguer... Nous allons faire des bords EST - OUEST qui nous rapprocheront du port de Cagliari.

Sea You franchit les digues de l'avant-port vers 18h00 et nous rapprochons de la marina Del Sole. Il y a du vent et fort heureusement les grandes digues protègent notre manœuvre. La marina présente des espacements entre les pontons assez justes pour le voilier et nous trouvons finalement un espace, aidés par notre futur voisin qui nous y guide.


Le voilier est amarré sur un ponton mouvant aux lattes se faisant la malle ! L'accueil à la capitainerie, où se trouve la capitaine, est de qualité. Je lui explique que je n'ai pas réussi à la contacter. Ce doit être relativement habituel. Elle me confirme le poste sur lequel nous sommes et nous y resterons pour les deux nuits suivantes puisque après-demain matin nous mettrons le bateau à terre.

Cette marina, aussi chère que les autres (c'est la saison haute, Monsieur !), est plus que rustique et les pontons sont si délabrés que celui de la capitainerie a les pieds dans l'eau de mer... quant aux sanitaires... ce sont des Algeco usagés sous des toiles de tentes, pour éviter de brûler sous le soleil. A nouveau, la dernière fois que j'ai vu cela ce devait être pendant la guerre Bosnie des années 90-2000...



Cela ne nous empêche pas d'aller faire un premier tour en ville pour dîner et faire quelques courses avant de passer une nouvelle nuit chaude au port .

Le dimanche nous découvrons la vieille ville qui mérite assurément une "petite station".



La vieille ville de Cagliari est construite sur une petite colline qui domine tous les environs sur 360 degrés. D'un côté vers l'hinterland et l'aéroport, de l'autre vers la mer et les étangs. Les Anciens avaient bien choisi le meilleur endroit pour faire face aux Maures !



Lundi 27 juillet : mise à terre


Nous avions rendez-vous à 0830 avec le chantier Fulghesu. En raison du vent assez fort qui poussait le voilier lors de l'arrivée sur le quai du chantier, il a vraiment fallu calibrer l'arrivée au risque de se frotter salement sur les roches et frapper le ponton à suivre...

Comme demandé, à 08h30 nous sommes prêts pour les opérations de grutage, c'est alors que surgit une jeune femme qui nous explique sur un ton péremptoire que nous ne devrions pas être là et qu'il nous faut dégager parce que nous sommes attendus à 10h30. Impossible de lui faire raison, jusqu’à ce que je produise le mail de convocation spécifiant 08h30. Il a bien fallu qu'elle se rende à l'évidence. Pour autant pas d'excuse. Il y avait un bateau de la Guardia Finanza à mettre à l'eau...

La méthode de réinstallation de l'enrouleur...
La méthode de réinstallation de l'enrouleur...

En attendant le grutage, notre aimable personne nous demande de démonter le pataras et l'enrouleur du génois pour pouvoir passer le cadre et les chaînes de la grue autour du mât. Démonter l'enrouleur est une opération difficile, je me fais confirmer qu'il faut le faire. Nous sommes avec Geoffroy deux à comprendre cette consigne... une fois l'enrouleur démonté, la voilà de retour qui nous dit de le laisser en place... et pour reprendre l'enrouleur, c'est une affaire de force et de tire-fort pas très simple. Nous voilà réinstallant l'enrouleur... Joie ! A 11h00, le voilier est enfin prêt à sortir de l'eau.

Il faut reconnaître que le grutage est très bien maîtrisé et la dépose sur un ber "auto-mobile" remarquablement effectué. Les manœuvres sont africains et bossent bien et efficacement. L'un d'eux est guinéen de Conakry, Diarra, serviable, ayant toujours une solution en poche. l'autre est nigerian de Benin City. Nous discutons ensemble de son pays...

Vers 13h00, Sea You est sur son emplacement pour passer l'hiver, les Hartmann rejoignent l'aéroport. Quant à votre serviteur, après les formalités administratives, il continue à hiverner le voilier quand la furie m'explique que cette après-midi je devrai avoir quitter le chantier à 17h30, que l'on ne peut pas dormir à bord et qu'il n'est pas possible de faire des réparations sur le voilier sans recours à l'équipe du chantier. Marquées nulle part, j'avoue avoir été légèrement désappointé par ces informations, en réalité très en colère, s'agissant du type de relation client du chantier. En plus, en crash, il m'a fallu trouver un couchage... Diarra m'a bien aidé ! Merci.

Enfin, tel est pris que je suis. Le 28 matin, je suis à bord pour finir l'hivernage, déjà la Bretagne n'est plus si loin !



Un petit film pour résumer les opérations de sortie de l'eau...


Direction l'hivernage au chantier Fulghesu

Fin des aventures de 2026 !


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