D'Almerimar aux Baléares
- so51seayou
- 19 nov. 2025
- 11 min de lecture
Dernière mise à jour : 30 nov. 2025

Le 26 juin, Geoffroy et moi nous sommes donnés rendez-vous à Orly pour aller à Almerimar via Madrid et Almeria mettre Sea You à l'eau en vue de rejoindre les Baléares où nous récupérerons Isabelle et Cécile, nos deux épouses.
Un voyage aérien de rêve à destination d'Almeria en passant par Madrid. Pas plus long que l'option par Malaga mais nécessitant une étape intermédiaire, il évite la location d'un véhicule que nous n'aurions pas pu rendre pour rejoindre Almerimar.
Déposés par un taxi à la porte du chantier, nous y entrons en passant devant Syrakko dont la coque vient d'être peinte de nouveau dans son plus beau rouge. Ce voilier est vraiment magnifique !
Après avoir déposer les affaires à bord de Sea You, nous allons dîner derrière le port. Notre restauratrice préférée, celle chez qui nous étions allés quelques fois l'an dernier, étant fermée, nous nous rabattons chez la concurrence dont la salle et l'extérieur sont remplis d'Anglais. Ce port est un peu une antichambre de la Couronne...
Le lendemain matin est prévue la mise à l'eau, dès potron-minet. L'équipe du chantier est pressée, désagréable, on peut la qualifier ainsi. La raison pourrait être que si les mises à l'eau prennent trop de temps, les manutentionnaires ne pourront pas partir en WE cette après-midi. Même pas le temps de faire les retouches d'antifouling.
Une fois à l'eau, nouvelle déconvenue : impossible de mettre le moteur en route. Fort heureusement j'ai le numéro de téléphone du mécanicien qui répond... mais étant en Italie, il va avoir du mal à intervenir. Avec le diagnostic, il me suggère de réarmer le moteur avec la pompe à GO qui démarre enfin... Je suis un peu penaud car la panne provient du filtre primaire de carburant qui est très sale... A faire ! Je l'ai noté pour les travaux de l'hiver prochain.

Le temps est agréable ce qui rend la journée confortable pour faire le tour du port et voir avant l'appareillage le maître du port, Fumi qui aura été un interlocuteur très fiable durant les échanges toute cette année. Il faut aussi faire aussi les appro, monter dans la mature préalable pour hisser les voiles. Colin, le maître voilier sud-africain, utilise ce temps pour installer la nouvelle capote. Le job est très bien fait mais j'avoue avoir été inquiet sur sa capacité à la livrer à temps. Je voyais les échéances passer avec chaque fois de bonnes raisons pour ne pas être au rendez-vous. Mais ce fut fait et bien fait.
La météo est clémente, elle devrait le rester. Le départ est donc confirmé pour le 28 matin. Le trajet est divisé en 3 étapes en vue d'une arrivée le 1er juillet prochain : Le premier soir nous serons à Garrucha, le soir suivant à Torrevieja et enfin le jour suivant à Ibiza.

Ce 27 soir nous retournons faire un dernier dîner de Tapas chez notre vieille connaissance. La patronne, une matronne au caractère affirmé et à qui nous avons expliqué pourquoi nous revenions, nous accueille fort bien et nous offre le pousse-café !
Ce 28 vers 10h00 Sea You appareille d'Almerimar et met le cap sur Garrucha en contournant Almeria. Nous savons déjà que nous ferons beaucoup de moteur, la Méditerranée en somme...
Le passage du cap de Gata nous met bien en retard car un vent assez fort s'est levé, bien évidemment dans le nez. Par ailleurs, le courant portant à l'ouest conduit Sea You à faire des bords carrés pour doubler Gata.
Nous arrivons enfin à Garrucha, de nuit. Nous n'imaginions pas le port comme il est... comme beaucoup de ports espagnols, la plaisance jouxte le commerce. Dans cette nuit, on ne peut pas dire que ce soit très beau. L'éclairage puissant du quai de commerce illumine le plan d'eau.
En regardant le pilote côtier, la décision a été prise de nous amarrer sur le quai flottant qui est bien identifié sur la carte. Il est bien orienté et autorise une manœuvre d'accostage facile. Notre arrivée fait décoller un escadrille de mouettes qui joue à sa verticale le film "Les Oiseaux" d'Hitchcock et lorsque nous prenons le poste, le quai est couvert de déjections... l'eau et l'électricité sont absents mais nous avons la flemme d'aller plus loin.
Quelques minutes après notre arrivée un marinero surgit de la nuit et nous demande de changer de poste... Blasés que nous sommes ! Il est tellement serviable qu'il est difficile de ne pas lui obéir. Il nous amène sur une autre panne où nous passons une excellente nuit avec eau et électricité. Demain sera un autre jour.
29 juin... le jour se lève sur le petit port qui est plutôt sympa côté terre. Avant d'appareiller je dois passer à la petite capitainerie rustique pendant que Geoffroy s'occupe du petit-déjeuner. A terre, personne ne parle français ou anglais, mais le marinero qui nous a accueilli dans la nuit est toujours sur le pont, toujours aussi serviable et de bonne humeur.
Avec force de gestes, il m'explique où se trouve les douches : dans l'Algeco que j'ai dépassé. Cela me rappelle les OPEX en Bosnie... le chauffe-eau n'est pas branché et l'espace de la douche oblige à arroser tout autour.
Au retour, nous nous préparons à l'appareillage et nous exécutons au moment où un vraquier, le LADY ZEHRA, pénètre dans le port. Sea You n'a plus qu'à attendre en faisant des ronds dans l'eau le temps que le bâtiment termine sa manœuvre et que les remorqueurs nous autorisent à les longer. Eu égard à leurs remous, la manœuvre nécessite un peu de prudence pour ne pas se faire dériver sur les rochers de la digue en face.
La journée s'annonce longue et sans vent... ce soir nous comptons faire une dernière halte sur le continent avant de traverser. Ce sera au nord de Mar Menor, dans le port de Torrevieja.

Malgré le bruit du moteur, la croisière est agréable, la mer est d'huile, il faut chaud, même en mer. la Méditerranée est fidèle à son surnom "la grande bleue", c'est comme ça. Pas de vent % trop de vent...
Nous longeons sur bâbord une côte aride, histoire de nous donner l'impression que nous sommes en mer rouge avec Monfreid. Sur tribord glisse une "escadre" de 3 bateaux gris dont l'un est un bâtiment d'assaut amphibie espagnol. Puis nous passons devant Cartagène, ce port multiséculaire au fond duquel se trouve une base navale. Le cap de Palos se profile, il est doublé et le cap est mis vers Torrevieja. Une longue dernière ligne droite.
Nous y arrivons de nuit, le port de plaisance est grand, divisé en deux entités. A l'issue du dernier contact radio, je comprends que je ne comprends pas où la voix qui nous parle nous demande d'aller. Finalement nous trouvons le poste et sommes fort bien accueilli par un marinero à vélo.
Frayeur dans les bas-fonds
Cela fait deux nuits que j'entends régulièrement la pompe d'évacuation de l'eau puis le bruit du filet d'eau qui tombe à la mer... J'ai fini cette nuit par calculer la période de pompage et ce matin, je suis allé inspecter les fonds. Ça fuit par l'avant. Le suintement a un goût salé... Le mal touche la vanne d'entrée des toilettes gauches changée l'an dernier.
La fuite est-elle traitable ? et où ? Sortie de l'eau ? Pas sortie de l'eau ? Si mise à terre, même de courte durée, nous risquons de ne pas être au rendez-vous avec nos épouses demain soir. Agitation du cerveau.
De l'autre côté du port il y a un chantier. C'est décidé, j'y vais. Pendant ce temps Geoffroy va faire quelques appros en ville. A l'accueil, le technicien d'Oscar Marine me dit que si il y a urgence on peut sortir le voilier dans la journée, mais avant il me dit d'interroger son mécanicien qui se trouve sur notre ponton. Par ailleurs, celui-ci me suggère que s'il y a une intervention à faire, mieux vaut la faire sur le continent car si j'attends d'être aux Baléares la facture sera multipliée par 3. Je commence à comprendre que le séjour au Baléares sera "expensive".
Le mécano que j'avais croisé ce matin et avec qui j'avais un peu devisé est bien celui du chantier. Très sympa, il quitte le moteur de la vedette sur laquelle il intervient pour venir constater la fuite et essayer une solution de tout ou rien : il va resserrer la bague sur le pas de vis du passe-coque qui n'est pas été correctement serrée. Si le serrage est trop fort, le risque est d'augmenter notablement la fuite... mais le chantier est en face.
En fin de matinée tout est réglé. Nous pouvons appareiller pour Ibiza après avoir refait le plein de GO à la station service du port qui est tenue par une Française qui a pris les intonations espagnoles ! Merci Oscar !
En route vers Ibiza
La première étape du trajet va consister à longer la côte en passant devant Alicante, atteindre la zone du cap de la Nao avant de traverser dans la nuit vers Ibiza.
Je pourrais faire un copier-coller de la journée précédente, en tout cas pour la première partie de la traversée.
Vers 1h00 ou 2h00 du matin nous sommes dans le canal d'Ibiza. Nuit paisible au moteur passée à faire la veille pendant que Geoffroy dort. Nous avions décidé que je prenais le quart jusqu'à ce que j'estime nécessaire de me faire relever.
Au lever du jour le soleil monte derrière l'île d'Espalmador. La vue est magnifique avec ce chapelet d'îles éclairées. Et finalement, vers 08h30 nous franchissons la bouée cardinale de Freu Grande et nous dirigeons vers Ibiza pour rejoindre l'anse de Talamanca juste à l'est du port. Nous y mouillons le temps de trouver une place dans l'un des ports de la ville et de se reposer un peu. Pour un spotter, notre mouillage est vraiment intéressant : nous sommes sous la trajectoire des avions en courte finale sur Ibiza.
Le rapport d'étonnement ce matin concerne la saturation des installations portuaires... et le prix de la journée. Je trouvais que 50€/jour était déjà cher, on multiplie presque par 10 pour avoir une place à Ibiza. Nous décidons de nous en éloigner un peu pour disposer de tarifs plus raisonnables (quoi que...) et nous prenons vers 16h00 un poste à Santa Eulalia pour la nuit avec l'idée de partir au plus vite. Un rapide complément d'appros avant l’arrivée de Cécile et Isabelle et nous partons pour l'aéroport international où nous nous retrouvons tous avant d'aller dîner à Ibiza et visiter le centre-ville. Excellente soirée après un dîner touristique dans une ville touristique. La promenade sur les quais a pu nous rappeler combien la richesse pouvait être un fil à la patte. Avoir un grand yacht, ce n'est que problèmes.
Finalement qu'est-ce Ibiza ? Ibiza c'est en d'autres termes la planète vacances d'un monde quelque peu interlope dont l'activité principale est de faire la fête...

Traversée vers Majorque
02 0945 JUL - Appareillage. Sea You quitte définitivement Ibiza, son skipper n'a pas la fortune nécessaire pour demeurer sur cette île de milliardaire en acte. Nous n'y sommes même pas en puissance...
La côte sud d'Ibiza nous invite à passer d'abord entre la terre et la petite île de Rodona puis de Santa Eularia et nous quittons l'île par Tagomago en direction de la baie d'Andratz de Mallorca.
50 nautiques plus loin, en d'autres termes 9h00 plus tard, Sea You mouille devant Camp de Mar, une petite station balnéaire fort agréable située au fond d'une peite baie. Que s'est-il passé entre durant ces 9 heures ? Rien, je crois, hormis un apéritif vers midi. La mer a été désespérément bleue, lisse comme un lac, sans la trace du moindre dauphin. Dès le mi-trajet, Majorque se découvre. C'est beaucoup trop tôt car il reste 5h00 avant d'arriver, l'arrivée est sans fin. Conclusion, dès l'ancre jetée, tout le monde se met à l'eau.
Dans la soirée, l'ensemble de l'équipage à terre pour nous promener dans le complexe d’hôtels de Camp de Mar. Il décide d'y retourner demain matin.
Ce 3 juillet, nous quittons Camp de Mar en direction d'Alcudia non sans avoir pu retourner à terre pour faire quelques courses, acheter quelques souvenirs et s'être baigner une dernière fois.
La météo nous annonce un peu de vent sur la côte nord de Majorque, nous nous prenons à penser que cette étape pourra se faire sous voile. Pas faux, mais pas totalement vrai non plus.
La trace de la route passe par le petit bras de mer entre l'île Dragonera et la terre. Nous sommes sous voile nous filons cap 345 pendant 10 nautiques pour faire ensuite un cap vers la terre et nous rapprocher du port de Soller, l'étape du jour.
Dans le cadre des bords carrés, nous rejoignons la terre après un peu plus de 20 nm pour une progression réelle de 13 nm. Il reste 7 ou 8 nm que nous faisons au moteur car le vent s’essouffle un peu et reste orienté dans la mauvaise direction. SI nous voulons profiter un

peu de Soller, il faut se contenter de cette solution.
Nous entrons dans la baie vers 19h00. Elle est pleine commun œuf avec des bateaux qui tournent en attente de place dans le port et jouxtant le port un mouillage forain très occupé. Nous mettons un peu de temps pour trouver le bon emplacement avec pour un voilier de 15m et une trentaine de mètres de chaîne. Nous trouvons l'endroit mais une fois tout bien stabilisé un bateau vient se mouiller à côté de nous et le skipper se dit propriétaire d'une bouée. Propriétaire ? enfin disons qu'il est là depuis 6 mois. Je ne suis pas très serein sur comment la nuit va se passer si le vent tourne. Et il va tourner.
Nous allons à terre pour prendre un pot. Endroit charmant ! Hors du flux touristique, les petites rues derrière le port sont agréables à parcourir. Nous sommes ravis du choix de cette escale. Nous aurions pu continuer pour mouiller en ras de foraine sous d'immense falaise quasi seuls. Nous ne regrettons pas.

4 juillet de nouveau à potron-minet... Au petit matin, les craintes de hier soir se sont bien réalisées. Les bateaux ont fait au moins un demi-tour dans la nuit. Je n'ai qu'à espérer que notre chaîne n'est pas passée sous celle du voisin. Déjà nous ne sommes pas entrés en collision. Mais j'ai veillé sur cela une partie de la nuit car les bateaux se sont frôlés.
Geoffroy remonte l'ancre pendant que doucement j'oriente le bateau pour ne pas entrer en collision avec les voisins. Nous avons un petit problème sur le guindeau, l'ancre dérapant du barbotin et retourne avec force dans l'eau. Ce n'est pas le moment... Nous trouvons un pis aller qui nous permet de nous éloigner et de reprendre plus loin la remontée de l'ancre. Tant et si bien qu'à 6h15 nous sortons de l'anse de Soller, heureux de cette belle escale et prêts à petit-déjeuner sous les falaises.

Aujourd'hui, l'objectif n'est très glamour. Il nous faut être à la marina d'Alcudia avant 13h00. Par ailleurs, dans le registre du "pas glamour", c'est encore pétole... Le bon côté de cette situation est de pouvoir nous délecter de la beauté des paysages. Il me semble qu'il y a une sorte de parallélisme entre cette côte accidentée et les alpages : les massifs boisés s'arrêtent à une certaine hauteur, suivent des alpages qui mènent aux sommets à l'aplomb de la mer. C'est majestueux.
Nous contournons le cap de Formentor, désormais le paysage s'aplatit et l'odeur de l'arrivée se propage.

Sea You accoste à la station service de la marine d'Alcudiamar pour recompléter avant l'hivernage, un saut à la capitainerie pour comprendre la douloureuse. Ici, c'est trois fois plus cher que sur le continent. Pour autant nous allons y laisser le voilier qui est mis à terre vers 13h30.
L'hivernage est débuté avec dans l'esprit de se libérer demain après-midi pour faire un tour dans les hauteurs nord de l'île. Cécile et Isabelle vont à la conquête d'une automobile que nous rendrons à Palma.
Ce soir nous dînons en ville. Après une déambulation sur le front de mer, le sort est jeter sur le Bistro Bel. C'est très touristique, plein de moustiques, et nous change beaucoup des guinguettes d'Almerimar... mais nous passons un très bon moment.

Le 5 juillet, l'hivernage se poursuit encore le matin : la chaîne de l'ancre est désalée, délovée et posée avec l'ancre sur une palette, le génois est sommairement plié, j'ai refait quelques retouches du calfatage sur le teck, polis l'hélice, etc.
Nous pouvons partir à la découverte de l'arrière pays. Pour cela nous tirons un bord de Pollença jusqu'au sanctuaire de Lluc en prenant une route montagneuse très jolie. Autour de Pollença se trouvent quelques jolies bâtisses. Ce sanctuaire est un monastère hospitalier de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem et également, un centre dit "identitaire" de Majorque. Une borne y indique la route de St Jacques !

Le 6 matin, le voilier est prêt à passer l'hiver ici. Nous le quittons pour nous rendre à Palma et découvrir la ville avant de prendre l'avion pour rentrer à Paris.
Joli centre ancien avec beaucoup de charme.
Nous allons à la messe à la cathédrale, une immense église ! Puis nous nous rendons au château de Beliver à partir duquel le point de vue sur la ville et ses environs est exceptionnel.
Il est temps de se rapprocher de l'aéroport, nous faisons une petite halte à l’hôtel Portixol le long de la marina éponyme pour une dernière désaltération et... le temps est venu de rejoindre l'aéroport où nous laissons la voiture...
A l'année prochaine !




















































































Commentaires